Le projet pilote de tri sur chantier 2023

Malgré son potentiel, le tri à la source est encore peu adopté au Québec et peu de données sont disponibles sur les meilleures pratiques à établir. Dans le but de documenter cette pratique et les conditions gagnantes pour sa mise en place, l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), appuyée par la firme de consultation Stratzer, lançait en février 2023, un projet pilote de tri sur chantier.

Au total, sept entrepreneurs ont pris volontairement part à ce projet pilote à travers un total de 11 chantiers. Ces chantiers, d’une durée de 3 à 9 mois chacun, ont touché à une mixité d’immeubles (duplex, jumelé, maison de ville ou de campagne, multilogements), dont 8 constructions neuves et 3 rénovations, et sont situés dans le sud du Québec, autant dans des milieux ruraux qu’urbains.

Pour tout le groupe d’entrepreneurs impliqués, une rencontre d’information a eu lieu en début de projet pour parler de la gestion des résidus de CRD au Québec, présenter le projet pilote et expliquer le tri à la source. Par la suite, pour chacun de ces chantiers, une rencontre de démarrage a eu lieu pour comprendre comment sont gérés les matières résiduelles sur les chantiers, et un peu plus tard une rencontre pour proposer le plan de gestion des résidus de construction (PGRC) préparé par Stratzer. Outre une liste des matières potentielles à trier par phase du chantier et des modes de gestions pour ces différentes matières, ce plan de gestion comprenait également un plan de mise en œuvre par étapes et les bonnes pratiques à mettre en place pour les travailleurs. Une série d’affichages permettant d’identifier au chantier les contenants de collectes pour les différentes matières à trier ont été remises aux entrepreneurs. Une fois les chantiers terminés et le tri accompli, une rencontre a été organisée pour faire un bilan. Pour chaque chantier, des analyses quantitatives et qualitatives ont été réalisées.

Mesure des impacts

  • Nombre de matières triées

Les entrepreneurs avaient la liberté de personnaliser les tris qu’ils souhaitaient mettre en place à chaque chantier. Ainsi, les matières triées ont varié d’un chantier à un autre. Le tableau suivant présente un bilan des matières triées au sein des 11 chantiers à l’étude.

Au total, ce sont 20 matières différentes qui ont été identifiées dans les plans de gestion, et six matières en moyenne qui ont été triées par chantier, avec un maximum de 12 et un minimum de 2. Parmi celles-ci, certaines matières ont été plus fréquemment triées. Trié dans 10 chantiers sur 11, le bois est arrivé en tête de liste, suivi des matières recyclables (8/11) ainsi que du carton et du métal (7/11).

Les entrepreneurs ont souligné que le bois était une matière plus facilement triée à la source et que s’ils avaient à continuer le tri dans le futur, le bois serait l’une des matières à privilégier, en raison de cette facilité de tri et de l’importance du gisement.

Les métaux furent également facilement triés et leur bonne valeur de revente en font des matières qui furent également priorisées par les entrepreneurs. Enfin, les matières recyclables ont également été assez fréquemment triées. Bien qu’elles constituent de petits gisements, en intégrant les municipalités, elles sont facilement récupérées en ajoutant des bacs de matières recyclables sur les sites.

Leur recyclage limite également la contamination des bacs contenant les autres matières. Les résidus organiques et les produits domestiques dangereux ont quant à eux été des matières moins triées dans ce projet.

  • Taux de valorisation

Ces collectes ont mené à une augmentation moyenne de 25 points de pourcentage du taux de valorisation des résidus de construction. Alors que les scénarios de référence avaient un taux de valorisation moyen de 33 %, le tri sur chantier a permis d’augmenter cette moyenne à 58 %. Cette valeur de référence a été calculée sur la base des pratiques courantes des entrepreneurs, c’est-à-dire qu’elle représente le taux de mise den valeur qui découle de leur gestion usuelle des résidus de CRD.  En général, les chantiers de rénovation ont mené à une plus grande quantité de matières triées, puisque la déconstruction mène à se départir de plusieurs composantes (mobilier, fenêtres, planchers, etc.). Mais les projets de constructions neuves ont permis de valoriser une plus grande proportion de ces résidus. Cette différence s’explique notamment par le fait qu’il est plus facile de trier des matériaux neufs que des matériaux de déconstruction qui sont souvent cloués, collés, visés ensemble.

  • Coûts en temps et en argent

Les heures de travail dédiées au tri sur chantier ont été évaluées par les entrepreneurs pour chacun des chantiers. Les entrepreneurs ont évalué que ce tri par matière ne requiert pas tant de temps supplémentaire au chantier. Ils estiment qu’en moyenne, pour ces premières expériences, c’est environ 12,5 heures supplémentaires par chantier qui ont été nécessaires, et ce, sur une période s’étendant en moyenne entre 3 et 9 mois. Ces heures correspondaient principalement au temps passé à planifier le tri et à trier les matières.

Toutefois, si ont exclu le temps de main d’œuvre, le tri sur chantier engendre des frais additionnels liés à la location des conteneurs, leur transport et aux coûts de traitements des matières, mais aussi possiblement des revenus supplémentaires associés à la vente des matières qui ont une bonne valeur sur le marché, comme les métaux. Ainsi, une bonne planification en amont lors de la préparation du PGRC permet de trouver des voies de valorisations pour ces matières pour réduire les coûts, voir même générer des revenus supplémentaires. Les analyses menées par Stratzer ont permis d’établir, qu’en incluant les heures supplémentaires de main d’œuvre, le coût supplémentaire du tri à la source a été de 546,93$ en moyenne pour tous les chantiers. Ce sont 6 chantiers sur 11 qui ont vu leurs coûts de gestion des résidus légèrement diminuer alors qu’un chantier a généré des profits. Les gains financiers sont principalement en lien avec la vente de matières ou encore sont dus à une coordination fine du temps de location des conteneurs lors des périodes de forte génération des matières. En planifiant en amont dans le PGRC quelles matières seront générées à quelles étapes du chantier, il est possible de prévoir la location des conteneurs en conséquence et ainsi diminuer ces temps de location.

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