Les bonnes pratiques à mettre en place
À la lumière de ce projet pilote et de l’expertise acquise par le secteur dans les dernières années, on peut identifier des bonnes pratiques qui facilitent la mise en place du tri sur chantier. Parmi ces actions, certaines doivent être faites en amont du projet, alors que d’autres prennent place au chantier.
En amont du projet
La préparation d’un plan de gestion des résidus de construction (PGRC) est cruciale pour une bonne planification du tri sur chantier. Il s’agit notamment de bien identifier la nature des résidus générés lors des différents phases du chantier à venir, et ensuite de bien sélectionner les matières qui peuvent faire l’objet d’un tri ultérieur. Cette sélection doit notamment être basée sur les volumes de matières disponibles, la simplicité du tri, la présence de débouchées pour ces matières et le retrait possible des contaminants.
À ce sujet, notons que la planification de la recherche de débouchés pour les matières triées constitue une étape déterminante. En effet, la présence de débouchés viables pour les différentes matières représente souvent le principal facteur de succès de cette pratique. Or, les possibilités de collecte, de réemploi, de recyclage ou de valorisation varient considérablement d’une région à l’autre du Québec, en fonction notamment de la localisation et du nombre d’entreprises spécialisées dans le traitement de ces matières. La mise en œuvre du tri à la source exige donc l’identification préalable d’un réseau de collecteurs, de centres de tri et de sites de valorisation adapté à la réalité du chantier. Les travaux menés dans le cadre de ce projet pilote ont d’ailleurs mis en évidence la forte disparité des options de collecte et débouchés selon les régions. Certaines matières, comme les agrégats, le bois ou les résidus mixtes, trouvent généralement plus facilement des repreneurs, tandis que d’autres, comme le gypse ou la styromousse, posent davantage de défis en raison du nombre limité de recycleurs ou de transformateurs disponibles. Par exemple, jusqu’à tout récemment, le Québec ne comptait plus de recycleurs de gypse. Deux projets de recyclage de gypse s’organisent actuellement dans la région de Montréal. De plus, le faible volume généré pour certaines matières, comme les résidus domestiques dangereux ou certains métaux, rend difficile l’organisation de collectes sur les chantiers sans engendrer des coûts supplémentaires. Dans ce contexte, les entrepreneurs doivent souvent consacrer des efforts importants à la recherche de partenaires de collecte ou de valorisation, dans un réseau régional encore peu structuré, ce qui souligne l’importance d’intégrer cette démarche en amont de la planification des travaux.
En amont du projet, on suggère également d’associer la génération des matières aux différentes phases du chantier. Cette planification permet de mieux cibler quand on aura besoin des conteneurs pour chaque matière, et donc d’optimiser les temps de location des conteneurs, pour ainsi réduire les frais de location. Par exemple, dans un projet de construction neuve, on peut s’attendre à ce que d’avantage de retailles de gypse soient produites lors de la pose des murs intérieurs et que davantage de cartons soient produit en phase de finition intérieure.
Enfin, il est souhaitable d’intégrer la planification du tri des matières à la planification habituelle du chantier. Il faut au préalable définir un responsable du tri, prévoir les collectes de matière dans l’échéancier du projet de construction, ainsi que l’entreposage sur site et l’affichage. La mise en place d’un plan de gestion des résidus de construction permet cette planification.
Au chantier
Le projet pilote a également permis d’identifier certaines actions à mettre en place pour optimiser l’expérience du tri une fois les chantiers débutés. Le premier tri à faire sur chantier est celui de séparer les résidus de constructions acceptés par le centre de tri CRD, des matières qui ne le sont pas. On suggère notamment de clairement identifier les conteneurs avec des affiches afin que ce soit facile et rapide pour les travailleurs de savoir quelles matières sont acceptées dans chaque conteneur. On suggère également de rapprocher les conteneurs des lieux de génération des résidus, et de les regrouper au même endroit sur le chantier (Figure 2).

Dans un souci d’optimisation, on suggère au besoin d’utiliser un contenant intermédiaire placé plus proche des activités, qui est ensuite déversé dans le conteneur de collecte principal. La Figure 3 illustre cette possibilité pour le tri du gypse.

Pour la collecte de certaines matières, qui représentent des petits gisements, par exemple les tubes de calfeutrant, une mutualisation de leur gestion sur l’ensemble des chantiers de l’entrepreneur est souhaitable. On peut par exemple, penser à installer des conteneurs à l’entrepôt de l’entrepreneur, le temps de recueillir assez de matière pour optimiser leur transport vers le centre de tri.
Enfin, la formation et la sensibilisation des employés et des sous-traitants s’avère également un élément clé du succès du tri sur chantier. Il faut les informer du processus de tri dès le début, faire une surveillance et une rétroaction, et aussi prendre en considération leurs commentaires pour améliorer les choses. Une bonne sensibilisation permet d’éviter grandement la contamination des conteneurs.
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